Etape

Shetpe - Sayotes

Kilomètres

130

Météo

C'est le désert, à ton avis ?

Résumé

Cette journée, on s'en rappellera. Elle a été l'étape la plus difficile du voyage, jusqu'au bout. On est contents d'avoir survécu.

Nous savions que l'étape serait très dure : 130 kilomètres de désert avec absolument rien avant le village, 600 mètres de dénivelé, aucune ombre, la chaleur insupportable.

Du coup on s'est préparé : chargement de 11 litres d'eau, et surtout levé a 6h00 du matin pour un départ à la première lumière trente minutes plus tard. Notre espoir était d'éviter le vent de face comme le jour d'avant ou très tôt il n'y avait pas de vent, et de faire le plus de kilomètres possibles avant la chaleur.

Départ dans le froid, et oui un désert la nuit c'est TRES froid, il fait genre 10 degrés et nous avons du nous couvrir. Les premiers kilomètres donnent le ton : la journée va être infernale. Le vent nous assaille avec des rafales à plus de 30 kilomètres heures exactement depuis le sens ou nous allons. Au bout d'une heure et demi, nous n'avons fait que 20 kilomètres. C'est très dur, et en plus ça monte pas mal. Après la première journée de désert je suis sur le fil du rasoir, je menace plusieurs fois de m'arrêter et de prendre un camion jusqu'à Beïnéou, la grande ville que nous visons. Mais Mathieu me booste et de coup de pédale en coup de pédale nous avançons.

Vers midi, j'aperçois une sorte de "village" au loin qui se révèle avoir pour nom "zone 11". Sûrement une exploitation de travailleurs, pas marquée sur la carte. Nous trouvons sur le bord de la route une maison ou je propose de faire la pause déjeuner, ca fait 5h15 que nous roulons et nous avons fait seulement 66 kilomètres (sur une journée sans vent de face nous aurions dépassé les 100 kilomètres).

Dans la maison, surprise, cette dernière est non seulement ouverte mais un mec ronfle dedans! C'est une sorte de relais routier. Je n'ose pas réveiller le propriétaire mais un routier arrive assez vite et lui hurle dessus en kazakh pour le secouer. Il nous sert un repas assez cool pour tenir le reste du jour : sorte de soupe de pot au feu de mouton et des oeufs au plat. Ca fait du bien surtout sachant qu'on a presque rien mangé le matin.

La deuxième partie s'annonce infernale, nous avons à peine fait la moitié du kilomètrage, le vent ne donne aucun signe d'accalmie et le soleil est définitivement levé. Nous cuisons. Un camionneur s'arrête au milieu de la route et nous donne de l'eau glacée! Vient alors la côte qui nous faisait peur, 200 mètres de dénivelé extrêmement raide dans la chaleur. Pour rajouter au fun, les kazakhs ont décidé d'aménager cette partie de la route en dernier. Elle est encore en terre... La montée est cauchemardesque, je suis a la limite du malaise, avec la poussière qui s'invite et détruit tes muqueuses et les MOUCHES qui t'harcèlent (mais d'ou elles sortent putain on est dans le DESERT).

Au sortir de la cote je suis complètement à bout, j'aperçois un panneau hôtel, ce n'est pas un mirage. Je dis à Mathieu que je dois m'arrêter et je m'y dirige. Surprise (ou pas), il n'y a rien d'autre qu'une ruine - je me disais aussi que c'était pas le coin le plus rentable pour un hôtel.

Le vent nous lâche enfin un peu. 10 kilomètres sans vent de face, incroyable de pouvoir rouler normalement! Mais ne vous en faites pas, il revient de plus belle au bout de 30 petites minutes. Je suis tellement mal que Mathieu me couvre du vent en roulant a coté de moi, me permettant de tenir jusqu'au bout.

Nous voyons le village mais ce n'est pas fini, ooooh non. La route est fermée, mais nous voyons un camion y aller quand même et décidons de le suivre. Mauvaise idée, nous nous retrouvons dans un monticule de terre et devons couper par des pistes horribles pour retomber sur le bon chemin.

Je perd l'équilibre sur un monticule de sable avec la fatigue et me castre littéralement, la testicule droite de tout mon poid sur le cadre. Je réussis à rester calme. 3 minutes plus tard un cahos du chemin fait tomber une de mes sacoches par terre et me fait tomber. C'en est trop, je hurle toute ma vie et je m'arrête sur le bord de la route en pleurant de rage et de fatigue (10h de vent de face ça vous change un homme). Mathieu me relève, il reste 4 kilomètres.

ENFIN le village, mais la galère n'est pas finie (encore!!). Il n'y a aucun endroit ou dormir. Nous agrégeons un petit comité autour de nous et je demande si quelqu'un peut nous héberger. Un des mecs semble heureux, nous proposons de le surpayer (12 euros 50, soit plus que le prix d'un hôtel). Il nous amène a quelqu'un qui parle un peu anglais et nous demande 12000. Le petit filou. Nous refusons et partons, il nous rattrape évidemment en disant que c'est ok pour 6000. Mais en fait ce n'était pas pour lui, il nous amène chez un pote qui nous montre un truc DEGUEULASSE. 6000 pour dormir dans une remise humide et brulante, non merci, nous tentons de baisser le prix a 3000 mais il ne veut rien savoir. Après 15 minutes de discussion on se casse, retour à la case départ, la nuit tombe dans 10 minutes.

En cherchant des pistes, je tombe sur la gare. Un train est arrêté mais il ne va pas dans notre sens. En interrogeant les cheminots ils nous disent que le prochain train pour Beïneou est a minuit. Nous décidons de le prendre. Les cheminots sont adorables et nous laissent utiliser leur douche et nous poser dans leur salle commune. Le train arrive, nous embarquons sans soucis et arrivons à 4h du matin à Beïneou. Les deux premiers hôtels sont respectivement complet et fermé, mais le 3ie est le bon. Nous nous affalons pour finir la nuit, en nous en foutant des 40 moustiques.

Quelle journée putain.