Etape
Gijon - Luarca
Kilomètres
102
Météo
Un petit vent frais et du soleil
Phrase du jour
Dios es grande
Résumé
Depuis les premières étapes de ce voyage nous observons de nombreux pèlerins qui rejoignent Saint-Jacques-de-Compostelle. Nous croisons également moult chemins marqués de la coquille. Cela ne choque nullement Quentin et je lui fais réaliser tout cela alors que étions déjà proches de Gijon. Si il ponctue cette nouvelle information d'un "quel horreur", je sens que quelque chose change en lui.
Et pour cause. Arrivés à Gijon il se renseigne sur les conditions de ce pèlerinage. Il découvre que il est éligible au titre de pèlerin car le vélo musculaire est admis comme moyen de transport. Il lui suffit juste de se procurer un carnet qu'il devra faire tamponner sur la route de Compostelle. En revanche, le site est très clair, les vélos électriques ne permettent pas d'obtenir le titre de pèlerin. Mon installation chinoise de 1000 watts m'exclut donc alors que le cheval est un mode de transport avalisé. Ce n'est pas très juste car je n'ai pas fait souffrir d'animal et j'ai moi aussi un peu pédalé mais passons.
Une petite visite à l'office de tourisme de Gijon permet à Quentin d'obtenir son précieux sésame. Dès son obtention, notre voyage change complètement de physionomie. À la trappe l'objectif relativement flou d'atteindre Porto, la Corogne ou une quelconque ville qui a le bon goût de proposer des bus de retour. Quentin a désormais une mission (sainte), valider son pèlerinage et obtenir l'absolution totale de ses (nombreux) péchés.
Hors, si il est une constante dans ce monde, c'est que chaque héros a son antihéros. Le Joker à Batman, Lord Voldemort à Harry Potter, Hannibal à Scipion, bref vous avez compris l'idée. Pour Quentin, le valeureux "Peregrino" (pèlerin en espagnol pour les Allemands LV2), je me transforme donc en un Mathieu le vil tentateur, aka "El tentador". Désormais tout nous oppose, je suis à la recherche de l'effort minimal avec mes deux batteries alors que le valeureux Quentin doit se montrer digne de son pèlerinage.
Avant de partir de Gijon, il troque donc ses habits pour une modeste tunique de pèlerin. Il choisit de jeûner et assiste à l'office du matin alors que je dors encore. Il fait bénir sa monture pendant je mange des churros. Il égrene son chapelet et pédale dur dans la première montée alors que j'appuie allègrement sur mon accélérateur. Foi et dévotion en le seigneur contre paresse et athéisme forcené. Je deviens le vil serpent qui susurre à l'oreille du preux Quentin. Ce dernier résiste pourtant et traverse le désert à la sortie du Gijon sans céder au démoniaque tentateur et son moteur honni.
Nous sommes fréquemment salués par un "Buen camino", ce à quoi Quentin répond désormais en hurlant "Dios es grande". Cela semble interloquer quelque peu les passants. Quentin en profite donc et lorsque il manque de se faire écraser en grillant un énième stop, il hurle à la fenêtre du conducteur qui l'insulte "Dios es grande". Quand on lui parle Espagnol, au lieu de m'appeler pour traduire comme auparavant, il hurle "Dios es grande" pour que l'on cesse de l'importuner. Quand on lui demande de régler sa consommation à la pause, même technique, il hurle "Dios es grande" et s'éclipse sur son vélo.
Lorsque je l'attends en haut d'un col pour lui proposer de boire de mon eau (encore une tentation selon lui), il me parle de son projet de partir évangéliser la peuplade de l'île des sentinelles au large du Sri Lanka.
Je trouve bien qu'il ait transformé ce voyage en quelque chose qui le transcende mais entre ses élucubrations divines et ses divagations, je finis par me lasser et préfère vivre mon rôle de tentateur 5 kilomètres devant lui à 35 km/h. Sa nouvelle force divine lui permet quand même d'avaler les 100 km et les 1000 mètres de dénivelé sans ciller. 4 tampons dans son petit carnet de pèlerin plus tard nous arrivons au terme de l'étape. Plus que deux étapes à le supporter et je pourrai le laisser partir avec sa croix de missionnaire pendant que je retournerai à mes montagnes. Le temps est long pour moi qui suis en fait le vrai pèlerin de cette aventure.